lundi 24 août 2015

Nouvelle Edition


Bonjour à tous,

Après plusieurs mois de silence consacrés à la rédaction de mon second roman, j'ai le plaisir de vous apprendre que "Une vie ne suffit pas" vient d'être réédité chez BoD Editions.

Nouvel éditeur, nouvelle couverture et, j'espère, nouveaux lecteurs...

Merci encore à tous ceux qui ont aimé mon livre et me l'ont fait savoir avec tant d'enthousiasme !

jeudi 4 décembre 2014

Extrait 7

Un nouvel extrait :


Et puis, ce fut l’attente, interminable, insoutenable, où chaque bribe d’information devenait une denrée rare, précieuse. Les journaux se montraient optimistes, encensaient le patriotisme et le courage des braves soldats français et critiquaient sans ambages l’incompétence et la cruauté des armées allemandes.
Le 22 août, ils annonçaient la prise de Mulhouse.
« L’Alsace va redevenir française » titraient-ils en gros caractères. Ce qu’ils omettaient de mentionner, c’est que Mulhouse avait dû être évacuée dès le lendemain. Chaque communiqué ne parlait que de victoires, jamais des morts ou des blessés que celles-ci avaient occasionnés.
Tant d’enthousiasme écoeurait Marie. Ce bourrage de crâne lénifiant n’abusait plus personne mais, sans nouvelles du front, elle se raccrochait malgré elle à l’infime espoir que ces feuilles de chou devaient bien contenir une parcelle de vérité.
On s’échangeait les dépêches quand il y en avait. Les plus chanceux lisaient leur courrier à haute voix aux voisins moins fortunés qui n’avaient pas été élus par monsieur Galignon, le préposé aux Postes.
Cet homme, jusque-là ordinaire, était devenu l’homme le plus populaire, le plus convoité du quartier. Celui qu’on guettait derrière le carreau ou que l’on attendait impatiemment sur le pas de la porte. Comme investi d’une mission sacrée, il promenait sa précieuse sacoche de cuir à travers les rues, dispensant joie ou déception, selon le cas. Pour un peu, gonflé de son importance et des généreuses rasades de vin qu’on lui offrait sur son passage, il se serait pris pour Dieu le Père.
Depuis le départ des garçons, Marie n’avait reçu qu’un petit mot d’Adrien, griffonné à la hâte entre deux trains, mais elle était sans nouvelles de Pierre. Chaque jour naissait l’espoir d’une lettre qui s’évanouissait avec la venue du facteur.
– Rien pour vous, madame Bertaud. Désolé, demain peut-être !
Un sourire de circonstance, une main levée à la casquette, et il passait. C’était fini. L’attente reprenait, de plus en plus insupportable, de plus en plus douloureuse. Il fallait patienter, patienter encore. Et les jours succédaient aux jours.
Enfin, au matin du 28 août, la moustache frémissante et l’oeil guilleret, Jules Galignon poussa la porte de l’épicerie en brandissant comme un trophée une lettre où Marie reconnut aussitôt l’écriture hachée de Pierre. C’est à peine si elle ne la lui arracha pas des mains. Indifférente à la présence du postier, toujours à ses côtés, elle déchira fébrilement la fine enveloppe et lut avec avidité les quelques lignes tracées au crayon gris. Enfin, rassurée sur le sort de son fils, elle leva sur l’homme providentiel un regard mouillé de gratitude.
– Il va bien, dit-elle. Il va bien…
Elle répéta la phrase plusieurs fois pour bien se convaincre de la réalité des mots et se laissa tomber,
brusquement, sur un tonneau de sel, les jambes coupées par l’émotion.
– Ben, voyez qu’il fallait pas vous en faire, rétorqua Jules Galignon, habitué à présent à ce genre de manifestation. Il est solide, votre p’tit gars, mais il faut leur laisser le temps de s’organiser.
Puis, voyant qu’elle était trop bouleversée pour penser à lui offrir le verre de vin rituel, il ajouta avec philosophie :
– Allez, bonne journée ma p’tite dame. À la prochaine.
Le carillon de la porte tinta joyeusement, saluant sa sortie. Alors, avec d’infinies précautions, comme si le papier était aussi fragile que du cristal, elle déplia à nouveau la feuille quadrillée et la relut en savourant chaque mot.


mercredi 26 novembre 2014

Retrouvez-moi en dédicaces


Prochaine séances de dédicaces :




Cultura Montauban
Samedi 5 décembre 2014 de 10 h à 18 h

Cultura Portet/ Garonne
 Vendredi 12 décembre 2014 de 10 h à 18 h

Cultura Balma
Samedi 13 décembre 2014 de 10 h à 18 h

Centre Culturel Leclerc Roques
Samedi 20 décembre 2014 de 10 h à 18 h

mardi 21 octobre 2014



Prochaine séance de dédicaces
Samedi 26 octobre 2014

Leclerc Roques






jeudi 16 octobre 2014

Avis d'une lectrice


Un avis qui me touche particulièrement car il émane d'une lectrice, auteur elle-même, dont la plume légère, poétique réjouit le cœur et l'âme.

Cliquez sur le roman pour lire l'avis :






Retrouvez Brigitte Lesigne sur son site : 

Le miroir des mots

lundi 6 octobre 2014

Extrait 6


Un nouvel extrait...


Elle songea soudain avec angoisse que Pierre n’avait que vingt-trois ans, Adrien vingt-sept. Ils seraient les premiers à partir. Les premiers, peut-être, à… Non, elle ne les laisserait pas faire. Cette guerre n’était pas la leur. Si les hommes étaient assez fous pour s’entre-tuer, eh bien, qu’ils le fassent sans eux. Cela ne les concernait pas. Pierre ne partirait pas, Adrien, non plus !
Le carillon du magasin tinta joyeusement, suivi d’une cavalcade dans l’escalier. La voix de Pierre se fit entendre, claire, exaltée :
– Maman, cria-t-il en brandissant le journal à bout de bras. On a tué Jaurès. Cette fois-ci, on n’y coupe pas.
– On va leur mettre une avoinée aux Pruscos ! renchérit Adrien qui arrivait sur ses talons. On va leur faire comprendre une bonne fois pour toutes que…
Il s’arrêta net, brisé dans son élan patriotique par le visage livide de Marie.
– Ben, c’est vrai quoi ! reprit-il décontenancé. On les remet à leur place un bon coup, et on en parle plus.
Sous le regard tranchant qu’elle lui lança, il se sentit, brusquement, redevenir le galopin indiscipliné qu’elle corrigeait d’une calotte.
– Tais-toi, dit-elle d’une voix sourde. Ça vaudra mieux que de dire des bêtises.
Pierre s’approcha doucement et la prit dans ses bras. Il la dépassait d’une bonne tête mais avait gardé, à son égard, les gestes affectueux de son enfance.
– T’inquiète pas, m’man ! souffla-t-il à son oreille. Adrien a une façon un peu crue de dire les choses, mais c’est lui qui a raison. Puisque, maintenant, la guerre est inévitable, autant y aller de bon coeur et en finir rapidement. Plus tôt on réglera le problème, plus vite on sera rentrés.
– Et tes études ? Tu y penses à tes études ? Tu ne vas tout de même pas les abandonner.
L’obstination de sa mère à nier l’évidence le fit sourire.
– J’ai bien peur qu’on ne me laisse pas le choix, maman. Mais, ne t’inquiète pas, je les reprendrai à mon retour. C’est l’affaire de quelques semaines, quelques mois tout au plus… Tu verras, à Noël, tout cela ne sera plus qu’un mauvais souvenir.
Il glissa son index replié sous son menton, comme le faisait Guillaume autrefois, et la força à relever la tête. Elle vit, dans la similitude du geste, un signe de bon augure.
– Je passerai Noël avec toi, je te le promets, fit-il en effleurant sa joue d’un baiser.
Elle essuya furtivement une larme et se remit à touiller la daube pour se donner une contenance. Elle s’en voulait de s’être laissée aller devant les enfants, mais la peur l’amollissait, lui coupait les jambes, explosait dans sa tête en éclats déchirants.
« Seigneur, qu’allons-nous devenir ? » songea-t-elle. Dans un éclair de lucidité elle sut, instinctivement, que cette peur viscérale, animale, qui lui tordait les entrailles, allait devenir sa compagne fidèle, implacable, durant les jours, les semaines, voire les mois à venir.
Derrière elle, les jeunes gens commentaient la nouvelle à voix basse, comme s’ils craignaient de la choquer par leur lyrisme tricolore. Seule Lucie restait silencieuse.
« Elle a compris, elle aussi », pensa Marie. Elle a compris que sa jeunesse, son insouciance allaient partir en même temps que Pierre. Que rien ne serait jamais plus comme avant. Il faut un coeur de femme pour sentir ça. Les hommes, eux, étaient trop prompts à s’enflammer. Même les plus raisonnables trouvaient dans les mots Honneur, Patrie, un prétexte à jeter leur gourme. Ça leur tenait le ventre. Mais, elles, que leur restait-il pour tenir debout dans ce monde pris de folie destructive ?
La voix de Pierre la tira de ses réflexions amères :
– Je raccompagne Lucie chez elle, fit-il en repoussant sa chaise. Je serai de retour avant midi.

Extrait 5


Un nouvel extrait pour vous :


Sa mère arrivait à leur rencontre. Pierre lâcha la main protectrice de Jeanne et se précipita dans sa direction. Le besoin de se faire pardonner lui donnait des ailes. Quand il arriva à sa hauteur, il s’aperçut qu’elle souriait. Allons, tout allait bien ! La disgrâce n’était pas pour aujourd'hui.
Marie regardait Pierre venir à elle.
« Mon fils ! » pensa-t-elle avec une fierté qu’elle ne songeait pas à dissimuler. Comme chaque fois qu’elle posait les yeux sur lui, elle sentit son cœur de mère se gonfler d’orgueil. Du coup, elle en oublia le sermon qu’elle avait préparé et sourit en accélérant le pas.
Dans la lumière poudreuse du couchant, l’enfant courait, ivre de soleil et de grand air, vivante réplique de Guillaume dont il ne connaissait même pas l’existence.
La jeune femme ouvrit les bras, et il s’y jeta, levant vers elle ses yeux couleur émeraude. Elle le serra plus fort, bouleversée par cette ressemblance qui s’accentuait au fil des années. C’était le même sourire, le même éclat tendre et espiègle dans le regard, la même façon de froncer le sourcil quand il était contrarié.
Depuis bientôt cinq ans, elle s’efforçait d’effacer Guillaume de sa mémoire, mais n’y était pas parvenue. Le temps ne lui avait pas accordé la grâce de l’oubli, et son image était toujours aussi vivace. Il ne se passait pas un jour sans qu’un regard, un geste, une parole, n’éveillât en elle un écho douloureux. Les similitudes qu’elle découvrait alors chez son fils ravivaient ses souvenirs que son esprit, réfractaire à toute raison, laissait ressurgir.
Cette ressemblance la mettait à la torture. Pourtant, elle s’en repaissait, en éprouvait une jouissance morbide. Retrouver chez Pierre les traits tant aimés de son amour perdu était une joie et une souffrance de tous les instants.